Après 50 ans, les Manuscrits de la Mer Morte...

Une date mémorable

Le 29 novembre 1947, l'ONU décidait le partage de la Palestine, Juifs et Arabes recevant leurs zones définies. Un vote historique où USA et URSS se "disputèrent" l'honneur d'être la première des grandes puissances à reconnaître le futur Etat d'Israël... et pour de longues décennies, ce fut probablement la seule fois qu'elles manifestèrent un tel accord dans l'auguste arène de Manhattan. Ce vote mémorable avait déclenché une explosion de joie, tant parmi les communautés juives du monde entier que parmi les ressortissants israélites déjà établis en Palestine.

Or, en ce même jour du 29 novembre, le Professeur A. Sukenik, spécialiste de paléographie judaïque à Jérusalem, faisait connaître au monde la valeur exceptionnelle d'une sensationnelle trouvaille archéologique : les fameux Manuscrits de la Mer Morte, découverts fortuitement par deux jeunes Bédouins dans la région de Qumran (désert de Judée) quelques semaines auparavant.

Le bilan actuel des fouilles faites au cours des années dans les grottes surplombant la Mer Morte est le suivant : 100'000 fragments de vieux textes juifs, répartis en 870 manuscrits différents, dont 220 sont des textes bibliques de l'Ancien Testament. Tous les livres canoniques du Premier Testament y sont représentés, sauf celui d'Esther - les scribes de Qumran étaient-ils trop "spirituels" pour admettre l'authenticité d'un livre où ne figure pas le nom de Yahvé ?

 

Des Esséniens... aux Bédouins de la région de Qumran

Rappelons les faits: Au IIIe siècle avant l'ère chrétienne, une secte de Juifs pieux (probablement les Esséniens) s'isole au désert de Juda pour s'adonner à l'étude et à la transcription des textes sacrés hébraïques. Ils ont élu domicile au "monastère" de Qumran où plusieurs générations de scribes se succèdent, jusqu'en l'an 68 de l'ère chrétienne. Mais les Israélites de Palestine se sont soulevés contre le joug de Rome, et pour mater cette révolte, le général Titus (futur empereur) envahit alors la Palestine avec ses légions, qui brûlent le temple de Jérusalem en l'an 70. Terrorisés par cette menace, les scribes de Qumran ont caché leurs trésors - leurs fameux manuscrits - dans les grottes de la région (au nombre de 185, dont 15 ont été reconnues comme "bibliothèques" à manuscrits, il faudrait plutôt dire : dépôt de cruches allongées en terre cuite, à l'intérieur desquelles on glissait les parchemins précieux, selon un vieux mode de conservation, déjà en vigueur au Vle siècle av. J.-C. cf. Jérémie 32:14).

En cette année 68, les événements justifièrent la prudence des scribes de Qumran, que les Romains massacrèrent jusqu'au dernier. Mais leurs trésors scripturaires échappèrent miraculeusement à la destruction... et demeurèrent cachés durant près de 19 siècles, jusqu'au jour où ces deux jeunes Bédouins, en quête d'une chèvre égarée, tombèrent fortuitement sur les premières cruches à manuscrits. Quelques jours après, ils apportaient leur trouvaille à un cordonnier de Bethlehem (la ville la plus proche) qui leur en donna quelques piastres. Comme la guerre entre Juifs et Arabes faisait déjà rage, on dut recourir à un passeur qui transmit ces précieux manuscrits emballés dans de vieux journaux, à l'Université hébraïque, sise dans la partie juive de Jérusalem.

Dieu règle les contingences de l'histoire

Remarquons la coïncidence des faits, des dates et des lieux. En l'an 70, Titus ordonne la déportation des Juifs de Palestine, coupant ainsi le fil de l'histoire nationale d'Israël. Le nom même de Jérusalem disparaît des cartes, au profit de son appellation latine Aele Capitolina. Dix-neuf siècles s'écoulent, au cours desquels plus de 70 générations de Juifs relégués aux quatre coins de la planète prieront "l'an prochain à Jérusalem", mais sans voir l'exaucement de leur requête. Après la Deuxième Guerre mondiale, la société humaine est sous le choc de la découverte du massacre de six millions de Juifs dans les fours crématoires nazis. Elle accorde alors une patrie aux rescapés du génocide. C'est d'une part enfin le "home" promis en Palestine déjà en 1917 par Lord Balfour, alors chef du Foreign Office de Londres. Mais surtout c'est le commencement de l'accomplissement de dizaines de promesses divines qui "fleurissent" dans tout l'Ancien Testament.

Or en cet automne 1947, quand le fil d'Ariane de l'histoire du peuple élu renoue avec "la chronologie planétaire" Dieu permet une nouvelle "naissance" à Bethlehem : l'apparition de textes bibliques disparus 19 siècles auparavant. N'est-ce pas frappant de penser que, le jour-même où les Nations Unies ont décidé du partage de la Palestine, le monde était mis en face de la plus sensationnelle des découvertes archéologiques du XXe siècle ? Car avec les exhumations consécutives, c'est un Ancien Testament hébreu presque complet, caché avant l'an 70, qui est réapparu, apportant au monde une double démonstration :

Un demi-siècle d'inutiles palabres

Que s'est-il passé depuis 1947 ? D'abord les musées les plus prestigieux de la terre entière se disputèrent l'honneur d'exposer au moins un fragment de ces fameux documents. Dès les années 1950, on nomma un comité "d'étude et d'édition" des Manuscrits de la Mer Morte, formé en majorité d'érudits catholiques et à l'exclusion de tout savant juif ! Les choses ne changèrent vraiment qu'après 1967, quand les textes de Qumran purent être transférés du Musée Rockfeller au Sanctuaire du Livre érigé par les Israéliens à la place d'honneur, c'est-à-dire à deux pas de la Knesseth, le parlement israélien.

Cependant, l'intérêt porté au début à la trouvaille de Qumran s'estompa. D'une part, les spécialistes penchés sur ces textes ne publiaient pas de comptes-rendus de leurs travaux, d'autre part les bruits les plus invraisemblables circulaient au sujet des fameux scribes esséniens, auteurs présumés de ces textes. Selon le professeur John Allegro, leurs annales révélaient par exemple la crucifixion et la résurrection de leur propre "messie" autour de l'an 100 avant J.-C. De là à déduire que les quatre Evangélistes s'étaient inspirés des traditions esséniennes il n'y avait qu'un pas, que franchirent allègrement les libéraux de tous bords (juifs, catholiques ou protestants).

D'autres légendes issues des traditions esséniennes décrièrent également les textes du Nouveau Testament : Ainsi, Jésus aurait été assassiné par Simon le Zélote (cf. Luc 6:15), alors que pour d'autres, le Christ avait été crucifié, mais n'était pas mort, parce que maintenu en vie grâce au venin d'un serpent; puis il se serait marié et aurait eu deux enfants ! Des propos blasphématoires donc, rendus crédibles par l'interprétation de certains documents non bibliques également trouvés dans les grottes de Judée. La découverte des Manuscrits de la Mer Morte allait-elle desservir la cause pour laquelle Dieu avait permis qu'ils soient exhumés ? Bien sûr, c'était de l'eau qui faisait tourner le moulin des rationalistes protestants.
Quant aux érudits catholiques, ils évitaient de publier leurs documents parce que ces témoins juifs, presque contemporains des apôtres, ne cautionnaient pas du tout certaines clauses de la tradition romaine adoptées durant les premiers siècles de l'ère chrétienne.

Une saine réaction en notre fin de siècle...

Cependant, au début des années quatre-vingt-dix, l'apparent "boycottage" empêchant la publication des fameux documents de Qumran devint insupportable à quelques scientifiques américains qui ont "forcé le blocus" en dévoilant le contenu de bien des manuscrits mis au secret pendant 40 ans et plus. Il s'agit des professeurs Martin Abegg, Peter Flint et Craig Evans, tous trois pleinement respectueux de l'authenticité des textes sacrés. Je cite l'un d'eux : "Quand Bultmann et ses consorts libéraux prétendent que le langage employé par le Fils de Dieu montre à l'évidence l'absence de référence à la mentalité juive et l'influence déterminante de la culture gréco-romaine - qui pourtant faisait des empereurs des fils des dieux - les Manuscrits de la Mer Morte montrent tout au contraire à quel point les textes du Nouveau Testament sont l'exacte expression du langage utilisé en Judée avant Jésus-Christ et au début de l'ère chrétienne."

Alors que le texte massorétique du Psaume 22:17 s'exprime en ces termes: "Comme un lion mes mains et mes pieds", les Manuscrits de la Mer Morte reviennent à l'original : "Ils ont percé mes mains et mes pieds" (préservé dans la Version des LXX, IIIe siècle av. J.-C.), dont l'application à la crucifixion du Fils de Dieu est évidente.

Autre exemple : Lorsque Jésus répond aux disciples de Jean-Baptiste venus l'interroger (Mathieu 11:1-5), il cite Esaïe 61 en y ajoutant la courte phrase les morts ressuscitent. Or ces mots (qui ne se trouvent pas dans le texte massorétique d'Esaïe) figurent bel et bien sur les parchemins de Qumram.
Ce n'est pas, ajoute le professeur Evans, qu'il faille chercher dans les Manuscrits de la Mer Morte des preuves de l'inerrance des Écritures. Mais l'interprétation hébraïque de l'époque apporte de vives lumières sur certains textes de l'A.T. demeurés obscurs.
Et même les écrits profanes de Qumran font des allusions à des faits mentionnés dans les livres sacrés, ce qui permet de les interpréter correctement. Quand 1 Samuel 11:2 indique que Nachasch, roi des Ammonites, voulait jeter l'opprobre sur Israël en crevant l'œil droit de chacun des habitants de Jabès en Galaad, les documents de Qumran affirment que telle avait déjà été auparavant la méthode de Nachasch à l'égard de l'ensemble des Gadites et des Rubénites. Il s'agit donc de compléments d'information qu'il ne faut pas dédaigner puisqu'ils mettent en relief la véracité des textes et leur exacte transmission jusqu'à nos jours. Des documents qui surtout font ressortir à quel point le monde juif du premier siècle était dans l'attente de la manifestation de son Messie.

... et des prises de position

Aux États-Unis les camps se tranchent, mais se renforcent de part et d'autre : Alors que les universités sont devenues des forteresses du libéralisme, les facultés évangéliques de théologie et les nombreux Instituts bibliques – qui polarisent toujours plus d'étudiants - proclament haut et fort l'authenticité et l'inhérence de la Bible. Or, les publications les plus récentes consacrées aux Manuscrits de la Mer Morte rendent honneur à la sainte Parole de Dieu de la manière la plus évidente.

J. H. Alexander, d'après Christianity Today octobre 1997

Page créée le 9 décembre 1997