Supposons que l’on demande à 100 personnes de copier à la main un long document. S’il ne fait aucun doute qu’au moins quelques-uns de nos "copistes" vont faire des fautes, tous ne vont pas faire les mêmes. En ramassant les 100 copies et en les comparant minutieusement, on sera en mesure de repérer les erreurs et de reconstituer le texte original, quand bien même on ne l’aurait jamais eu sous les yeux.

Pareillement, les copistes de la Bible n’ont pas fait les mêmes erreurs. L’étude comparative des milliers de manuscrits bibliques aujourd’hui disponibles a permis à la critique textuelle de repérer les erreurs, de déterminer les leçons originales et d’apporter les corrections voulues. Ce gros travail de recherche textuelle a rendu possible l’édition de textes de référence dans les langues originales. Ces éditions affinées des textes hébreu et grec retiennent la leçon généralement attestée comme étant l’original, ajoutant souvent en notes les autres leçons éventuelles, ou variantes, de certains manuscrits. Ces éditions passées au crible de la critique textuelle constitue ainsi les textes de travail sur lesquels on traduit la Bible dans les langues modernes.

Quand donc vous ouvrez une traduction récente, vous avez toutes les raisons de penser que les textes hébreu et grec sur lesquels elle a été réalisée sont remarquablement proches du Texte original de la Bible*. La façon dont la Bible a survécu à des milliers d’années de reproduction manuelle est proprement extraordinaire. Suffisamment pour faire dire à Sir Frederic Kenyon, qui fut longtemps conservateur du British Muséum : "On ne dira jamais assez que, substantiellement, le Texte de la Bible est sûr {..}. On ne peut en dire autant d’aucun autre livre de l’antiquité(21)."

*Nota : Évidemment, le traducteur colle ensuite de plus ou moins près à l’original hébreu et grec. La plus fiable des Bibles en langue française est la "Louis Second" de 1979 révisée en fonction des dernières découvertes archéologiques"

UN LIVRE "POLYGLOTTE"

En général, la mort d’une langue entraîne la mort de sa littérature. Aujourd’hui, les langues anciennes de la Bibles ne sont plus lues que d’un nombre restreint de personnes. Pourtant, la Bible est vivante. Elle s’est adaptée en "apprenant" les différents langages de l’humanité. Elle le doit à ses traducteurs, auteurs parfois d’un véritable tour de force.

TRADUIRE la Bible. Environs 1 100 chapitres et 31000 versets, autant dire une entreprise de taille. Au fil des siècles, des traducteurs pleins d’allant se sont pourtant attelés à la tâche. Ils étaient souvent prêts à souffrir, et même à mourir pour cela. L’histoire de la traduction de la Bible dans les langues de l’humanité forme un récit impressionnant, fait de sueur et de génie. En voici un petit aperçu.

Les prouesses des traducteurs

Traduire un livre dans une langue qui ne s’écrit pas ! Voilà l'embûche que plus d’un traducteur de la Bible a trouvé sur son chemin. Voyez le cas d’Ulfilas, qui vécut au IVème de notre ère. Son objectif : Traduire la Bible en gothique, une langue alors en usage, mais exclusivement orale. Pour contourner l’obstacle, Ulfilas inventa un alphabet gothique de 27 caractères, largement inspirés du grec et du latin. En 381, une traduction presque intégrale de la Bible gothique était achevée.

Au IXème siècle, deux frères de langue grecque, Cyrille (alias Constantin) et Méthode, remarquables érudits et linguistes, se proposèrent de traduire la Bible pour les peuples de langue slave. Comme le slavon, l’ancêtre des parlers slaves modernes, était dépourvu de graphie, les deux hommes imaginèrent un alphabet et se mirent au travail. C’est ainsi que le monde slave put avoir accès à la Bible.

Au XVIème siècle, William Tyndale mûrissait le désir de traduire la Bible en anglais à partir des langues originales. Il se heurta à la vive opposition de l’Église et de l’État. Cet ancien étudiant d’Oxford rêvait d’une traduction accessible au "garçon qui pousse la charrue(22)". Pour mener à bien son affaire, il dut trouver refuge en Allemagne, où son "Nouveau Testament" anglais parut en 1526. Des exemplaires entrèrent clandestinement en Angleterre. Furieuses, les autorités se mirent à les brûler publiquement. Puis Tyndale fut victime d’une trahison. Avant d’être étranglé et mis au bûcher, il s’exclama : "Seigneur, ouvre les yeux du roi d’Angleterre(23) !"

Rien n’arrêtait les traducteurs de la Bible, et les projets se succédèrent. Autour de 1800, la Bible "parlait" , au moins partiellement, 68 langues. Avec la naissance des Société Bibliques — en particulier de la British and Foreign Bible Society, fondée en 1804 —, La Bible développa encore ses dons de "polyglotte". Des centaines de jeunes hommes volontaires partirent missionnaires dans différentes contrées, avec souvent pour principal objectif d’y traduire la Bible.

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Dernière mise à jour de cette page : jeudi 09 avril 2009 16:55