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En 1800, il n’existait en Afrique qu’une douzaine de langues écrites. Des centaines de langues orales attendaient que quelqu’un leur donne une graphie. Sans dictionnaire ni le moindre manuel, les missionnaires apprirent la langue des gens. Ils élaborèrent ensuite un système d’écriture, qu’ils enseignèrent aux populations, les préparant ainsi à lire un jour la Bible dans leur langue(24).
En 1829, huit ans après son arrivée chez les Tswanas, il terminait la traduction de l’Évangile de Luc. Restait à l’imprimer. Il fit en char à bœufs les 1000 kilomètres qui le séparait de la côte et, de là, s’embarqua pour le cap. Sur place, le gouverneur l’autorisa à utiliser une presse officielle, mais Muffat dut encore se charger de la composition et de l’impression du texte. En 1830, l’Évangile sortait enfin. Pour la première fois, les Tswanas pouvaient lire une portion de la Bible dans leur langue. En 1857, Moffat mettait le point final à sa traduction de la Bible. Il découvrit plus tard la réaction des Tswanas quand ils purent disposer de l’Évangile de Luc : " J’ai vu des gens faire des centaines de kilomètres pour se procurer un exemplaire de saint Luc. {...} J’en ai vu pleurer de gratitude en serrant contre eux les page du livre, au point que j’ai dû dire à plus d’un qu’ils allaient finir par l’abîmer avec leur larmes(26)." Grâce à Moffat et à d’autres traducteurs dévoués, de nombreuses populations africaines eurent accès à l’Écriture, possibilité dont ils n’avaient jusqu’alors jamais vu l’utilité. Mais les traducteurs étaient persuadés qu’en leur donnant la Bible dans leur langue ils leur faisait un cadeau plus précieux encore. De nos jours, la Bible "s’exprime", au moins partiellement, en plus de 600 langues africaines.
Au début du XIXème siècle, William Carey et Joshua Marshman se rendirent en Inde et finir par maîtriser un bon nombre des langues écrites du pays. Aidés par un imprimeur, William Ward, ils publièrent des traductions fragmentaires de la Bible dans une quarantaine de langues(27). De William Carey, l’auteur J. Herbert Kane écrit : "Il dépouilla (la langue bengali) de son vieux tour classique pour l’habiller à la foi d’élégance et de fluidité, la rendant plus accessible et plus attirante pour le lecteur moderne(28)." Parlons à présent d’Adoniram Judson. Originaire des États Unis, il se rendit en Birmanie, où il entreprit en 1817 la traduction de la Bible en birman. Dans les lignes suivantes, il donne un aperçu de la prouesse que représentait la traduction de la Bible dans une langue orientale : "Apprendre la langue d’un peuple qui vit à l’autre bout de la planète, c’est aborder un schéma de pensées différent du nôtre, des codes d’expression totalement nouveaux, des lettres et des mots qui ressemblent à rien de connu ; quand vous n’avez ni dictionnaire ni interprète, et qu’il faut connaître un minimum la langue avant d’envisager l’aide d’un enseignant du pays, excusez-moi, mais ce n’est pas une mince affaire(29) ! " Dans le cas de Judson, l’"affaire" lui coûta 18 années d’efforts. La dernière partie de la Bible birmane parut en 1835. mais il paya cher son séjour en Birmanie. Alors qu’il travaillait à sa traduction, on l’accusa d’espionnage, ce qui lui valut de passer presque deux ans dans une geôle infestée de moustiques. A peine était-il libéré que sa femme et sa petite fille étaient emportées par la fièvre.
Déterminé mais prudent, il poursuivit son apprentissage de la langue. Il apprenait vite : En moins de deux ans, il décrocha un poste de traducteur auprès de la Compagnie des Indes orientales. Le jour, il travaillait pour la Compagnie, et il s’employait ensuite en cachette à sa traduction de la Bible, malgré le danger permanent de se faire repérer. En 1814, soit sept ans près son arrivée en Chine, les Écritures grecques chrétiennes étaient prêtes pour l’impression(30).Cinq ans plus tard, avec la collaboration de William Milne, il venait à bout des Écritures hébraïques. Un véritable tour de force que d’avoir ainsi permis à la Bible de "s’exprimer" dans la langue la plus parlée du monde. Grâce à des traducteurs capables, la Bible vit le jour dans d’autres langues asiatiques. Aujourd’hui, elle existe au moins en partie en plus de 500 langues d’Asie. Pourquoi des Tyndall, des Moffat, des Hudson et autres Morrison ont-ils investi des années de travail, quelques fois au péril de leur vie, pour donner un livre à des inconnus, à des peuples qui parfois n’avaient même de langue écrite ? Certainement pas pour la gloire ou l’argent. Ces hommes considéraient la Bible comme la Parole de Dieu et voulaient la voir "parler" à tous et à chacun dans sa propre langue. Que la Bible soit ou non à vos yeux la Parole de Dieu, vous reconnaîtrez probablement que l’esprit de sacrifice qui animait ces traducteurs dévoués devient rare. Un livre qui insuffle un tel désintéressement ne mérite-t-il pas d’être examiné ? |
Dernière mise à jour de cette page : dimanche 27 janvier 2008 15:10