Un historien honnête rapportera les victoires — comme la prise de Lakish par Sanchérib —, mais aussi les défaites ; tout y sera : Succès et échecs, forces et faiblesses. Pareille honnêteté est peu commune chez les historiens profanes de l’Antiquité.

Daniel Luckenill a porté le jugement suivant sur les historiens assyriens : "Souvent il est clair que la vanité du roi {...} obligeait à prendre des libertés avec l’exactitude historique(42)." Les annales d’Assournasirpal donne un aperçu de cette "vanité du roi" : "Je suis majestueux, je suis seigneurial, je suis élevé, je suis fort, je suis honoré, je suis glorifié, je suis puissant, je suis vaillant, je suis brave comme le lion et je suis héroïque(43) !" Accepteriez-vous les yeux fermés tout ce que disent de telles annales ?

A l’inverse, la franchise des rédacteurs de la Bible est rassurante. Moïse, conducteur d’Israël et homme de Dieu puissant en parole et en actes par les plus grands miracles spectaculaires que le monde ait connu, n’hésita pas à rapporter les travers de son frère Aaron et de sa sœur Miriam, ceux de ces neveux Nabad et Abiram ou de son peuple tout entier, pas plus qu’il ne dissimula ses propres manquements (Exode 14:11,12 ; 32:1-6 ; Lévitique 10:1,2 ; Nombres 12:1-3 ; 20:9-12 ; 27:12-14). Loin d’être tenues secrètes, les graves erreurs du roi David furent mises par écrit alors que David régnait encore (2Samuel, chapitres 11 & 24). Matthieu, auteur de l’Evangile qui porte son nom, raconte comment les apôtres (dont il faisait partie) se querellèrent pour savoir lequel d’entre eux était le plus éminent, et comment ils abandonnèrent Jésus la nuit où il fut livré (Matthieu 20:20-24 ; 26:56). Les rédacteurs des Lettres du Nouveau Testament avouent que certaines congrégations chrétiennes du 1er siècle rencontraient des problèmes, notamment de morale sexuelle et de dissensions. Et c’est sans détours qu’ils abordent ces questions. — 1 Corinthiens 1:10-13 ; 5:1-13.

Pareille franchise témoigne d’un réel souci de la vérité. Le fait que les rédacteurs bibliques n’hésitèrent pas à rapporter des détails peu flatteurs sur eux-mêmes, sur des personnes qui leur étaient chères ou sur leur peuple n’est-il pas en soi une solide raison de faire confiance à leurs écrits ?

Exactitude de détails

LORS d’un procès, la crédibilité d’un témoignage tient souvent à des faits mineurs. Des détails concordants peuvent être l’indice d’un témoignage fidèle et honnête, tandis que de graves incohérences laissent à penser qu’il a été fabriqué. D’un autre côté, un récit minutieux à l’excès, millimétré, sonne parfois faux.

Que dire du "Témoignage" des rédacteurs bibliques sous ce rapport ? On peut le qualifier de remarquablement cohérent. Il s’avère harmonieux même sur des détails minimes. Cette concordance n’est toutefois pas calculée, ce qui pourrait laisser croire que les auteurs se seraient concertés. On voit au contraire que les recoupements sont tout à fait fortuits, que les récits concordent souvent sans que leurs rédacteurs l’aient cherché. Considérons quelques exemples.

L’Évangéliste Matthieu écrit : "Et Jésus, en venant dans la maison de Pierre, vit sa belle-mère couchée et prise de fièvre." (Matthieu 8:14). Matthieu donne ici un détail intéressant quoique non essentiel : Pierre était marié. Ce fait mineur est confirmé par Paul qui écrivait : "N’avons-nous pas le droit d’avoir avec nous une sœur qui soit aussi notre femme, comme font les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas* ?" (1 Corinthiens 9:5). Dans le contexte, Paul se défend contre les critiques injustifiées (1Corinthiens 9:1-4). A l’évidence, en précisant que Pierre était marié, Paul ne cherche pas à confirmer le récit de Matthieu. Ce détail est tout à fait ici accessoire.

*NOTA : "Céphas" est l’équivalent sémitique de "Pierre". — Jean 1:42.

Les quatre évangélistes (Matthieu, Marc, Luc et Jean) rapportent que la nuit de l’arrestation de Jésus, l’un des disciples tira une épée et frappa un esclave du grand prête, lui emportant l’oreille. Seul l’évangile de Jean précise que le "nom de l’esclave était Malchus". (Jean 18:10,26). Comment se fait-il que Jean donne ce détail apparemment sans grande utilité ? Quelques versets plus loin, le récit fournit un fait mineur absent dans les autres évangiles : Jean "était connu du grand prête" et de sa maisonnée. Les serviteurs du grand prête et Jean se connaissaient donc (Jean 18:15,16). Rien de plus naturel, alors, que Jean mentionne le nom du blessé, contrairement aux autres évangélistes, pour qui l’homme était un inconnu.

Parfois, un détail absent dans un récit est donné au passage dans un autre. Ainsi, Matthieu rapporte que lors du procès de Jésus devant le Sanhédrin certains "lui donnèrent des gifles, en disant : ‘Prophétise-nous, Christ ! Qui est-ce qui t’a frappé ?’ " (Matthieu 26:67,68). pourquoi demander à Jésus de ‘prophétiser’ qui l’avait frappé si la personne en question se trouvait juste devant lui ? Matthieu ne nous éclaire pas à ce sujet. Mais deux des autres évangélistes donnent l’information manquante : Les persécuteur de Jésus lui ont couvert le visage avant de le gifler (Marc 14:65 ; Luc 22:64). Matthieu présente les faits sans se soucier de fournir les détails.

L’Évangile de Jean rapporte qu’un jour une foule se rassembla pour écouter Jésus. Selon le texte, en voyant la foule, ‘Jésus dit à Philippe : "Où achèterons-nous des pains pour que ceux-ci mangent ?"’ (Jean 6:5). De tous les disciples présents, pourquoi est-ce à Philippe que la question fut posée ? Le rédacteur est muet là-dessus. Le récit parallèle de Luc précise toutefois que l’incident eut lieu près de Bethsaïda, ville située sur la rive nord de la mer de Galilée. Or, Plus haut dans l’Évangile de Jean, on lit précisément que "Philippe était de Bethsaïda". (Jean 1:44 ; Luc 9:10). Le plus logiquement du monde, Jésus a donc posé la question à quelqu’un originaire de l’endroit. Sans le vouloir, les récits se recoupent de façon magistrale.

Quelquefois, l’omission de certains détails renforce même la crédibilité du témoignage biblique. Par exemple, le rédacteur du 1er livre des Rois évoque une sécheresse survenue en Israël, si terrible que l’eau et l’herbe manquaient pour garder en vie les chevaux et les mulets du roi (1 Rois 17:7 & 18:5). Pourtant, le même récit relate qu’à l’occasion d’un sacrifice, le prophète Élisée se fit apporter sur le mont Carmel assez d’eau pour remplir une tranchée entourant une surface de peut-être 1000 mètres carrés (1 Rois 18:33-35). Où se procurer autant d’eau en pleine sécheresse ? Le rédacteur du 1er livre des Rois ne croît pas nécessaire de le préciser. Toutefois, n’importe qui en Israël savait que le Carmel se situe sur la côte méditerranéenne, comme le rappelle une allusion un peu plus loin (1 Rois 18:43). On disposait donc d’eau de mer à profusion. Si le récit, par ailleurs riche en détails de toutes sortes, n’était qu’une légende habillée en histoire vraie, pourquoi son rédacteur, à l’imagination en l'occurrence plutôt fertile, aurait-il laissé une difficulté aussi flagrante dans le texte ?

Peut-on donc se fier à la Bible ? Les nombreux vestiges exhumés par les archéologues attestent que peuples, endroits et événements qu’elle mentionne appartiennent bel et bien à la réalité. Plus convaincantes encore sont les preuves tirées de la Bible elle-même. Ses rédacteurs se montrèrent honnêtes et n’épargnèrent personne, pas même eux. Ils rapportèrent les faits tels quels. L’harmonie interne des récits, avec leurs recoupements non calculés, fait que leur "témoignage" sonne juste. Autant de "signes d’authenticité" qui attestent que la Bible est bel et bien un Livre auquel on peut se fier.

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