Négociations de paix israélo-palestiniennes
 

 

L’enjeu de Jérusalem

Jamais la paix israélo-palestinienne n’a été aussi proche, mais les derniers mètres à parcourir sont les plus difficiles à franchir. Les négociateurs palestiniens et israéliens, sous la férule du médiateur américain redoublent d’ardeur pour trouver une solution. Le statut de Jérusalem-est, annexée par Israël en 1967 et revendiquée par les Palestiniens comme capitale de leur État est la pierre d’achoppement de ces négociations.


Barak, Clinton et Arafat

A quelques heures du départ pour le Japon du président Clinton qui doit participer au sommet du G-8, les négociations-marathon engagées le 11 juillet à Camp David prennent désormais l’allure d’un sprint. Le président américain, qui ne peut pas retarder indéfiniment son départ pour le Japon, souhaiterait à l’évidence retrouver ses pairs ayant arraché aux Palestiniens et aux Israéliens la signature d’un accord. Tout est mis en œuvre pour y parvenir. "Le rythme et l’intensité des négociations s’accélèrent", a indiqué le porte-parole de la Maison-Blanche Joe Lockhart qui, depuis une semaine, s’évertue à en dire le moins possible aux journalistes présents aux portes de Camp David. Bill Clinton lui-même, rompant le silence qu’il s’imposait depuis le début des négociations, a lâché: "Dieu que c’est dur" devant un journaliste du New York Daily News.

Les négociateurs eux-mêmes redoublent d’ardeur. Certains d’entre eux ont poursuivi des discussions jusqu’à cinq ou six heures du matin pour être à nouveau à pied d’œuvre deux heures plus tard. Les rares photos diffusées de manière très ciblée montrent des rictus et des visages tendus. Nul doute qu’ils reflètent très exactement l’extraordinaire difficulté de ces pourparlers. Mais leur choix obéit sans doute aussi à d’autres considérations, relevant davantage des relations publiques et de la préparation psychologique. Si un accord est conclu, il mécontentera nécessairement de larges secteurs de l’opinion publique des deux protagonistes. Ces photographies visent donc à persuader le public que le compromis auquel Barak et Arafat seront parvenus aura été mûrement réfléchi et que chaque concession lâchée par l’un est contrebalancée par une concession de l’autre.

Des "lignes rouges" incompatibles

De ce point de vue, il semble que les négociateurs aient considérablement progressé sur l’ensemble des dossiers, à l’exception du statut de Jérusalem qui devient donc le point de blocage. Sur les frontières, Ehoud Barak semble avoir sensiblement assoupli sa position de départ. Voici quelques mois, on évoquait côté israélien une rétrocession de l’ordre de 60% de la Cisjordanie. Dans les cercles officiels, on parle désormais de rendre 90% voire davantage des terres occupées en 1967 (hormis Jérusalem-est). L’annexion par Israël de quelques colonies de Cisjordanie serait compensée par l’ajout de territoire pris au désert du Néguev pour agrandir une bande de Gaza déjà surpeuplée. Le droit au retour des réfugiés palestiniens, naguère encore sujet tabou en Israël, paraît faire l’objet d’un compromis, fruit de concessions réciproques des Israéliens et des Palestiniens. Bien d’autres questions restent en suspens mais donnent toujours lieu à d’âpres négociations. Aucune, cependant, n’est aussi ardue que la question de Jérusalem.

Sur cette question, Israéliens et Palestiniens ont fixé d’emblée des "lignes rouges" parfaitement incompatibles. Ehoud Barak est prêt à accorder une très large autonomie civile aux habitants palestiniens de Jérusalem-est, mais sans remettre en cause l’unité de la ville et la souveraineté israélienne sur la partie arabe de Jérusalem, conquise et annexée en 1967. Les Palestiniens, pour leur part, construisent dans un secret de polichinelle un parlement à Abou Dis, une localité voisine de Jérusalem, admettant de fait que les institutions politiques de l’État palestinien se situent hors des frontières historiques de la ville sainte. En revanche, ils tiennent bon en ce qui concerne la souveraineté sur les lieux saints chrétiens et musulmans, notamment le Saint-Sépulcre et la mosquée d’Al Aqsa.

A Gaza et en Cisjordanie, les manifestants palestiniens incitent leurs négociateurs à ne rien céder. Dimanche soir, à Tel Aviv, sur la place Yitzhak Rabin, la droite, l’extrême-droite et les colons ont rassemblé 150 000 manifestants pour dénoncer les concessions que s’apprête à faire, selon eux, Ehoud Barak.

En cas de rupture, Ehoud Barak et Yasser Arafat pourraient parfaitement rentrer chez eux en faisant valoir la fermeté dont ils ont fait preuve et en tirer un éphémère regain de popularité. Mais rien ne pourrait dissimuler la gravité de cet échec. Surtout pas l’explosion imminente à laquelle chacun s’attend dans les territoires palestiniens si la paix n’est pas au rendez-vous de Camp David.

Le 18/07/2000

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